Interview: Eric Bellin, la préparation mentale pour résoudre les conflits

Qu’est ce que la préparation et en quoi peut-elle être utile pour la gestion des conflits? Eric Bellin, coach et formateur nous réponds….

 

« Pour comprendre la préparation mentale, il est utile de s’intéresser à nos comportements »

 

Face-au-conflit: Pouvez-vous vous présenter s’il vous plaît ?

Éric Bellin: Je suis coach formateur, intervenant auprès des entreprises et des institutions publiques et privées. Mon rôle est d’apporter une aide rapide et concrète permettant la résolution efficace de problématiques liées à l’humain, que ce soit dans le domaine de la communication ou des risques psychosociaux (gestion du stress, anxiété, perte de repères/motivation, …) . En d’autres termes, le but de mes interventions est de guider et conseiller mes clients pour qu’ils puissent, par eux même et donc de façon totalement adaptée, développer et mettre en place leurs propres procédures, permettant l’atteinte d’objectifs clairement définis sur des sujets tels que la communication, la gestion d’états internes limitants ou le développement de compétences et de ressources.

Face-au-conflit: Quel est votre parcours professionnel ? Vos formations ?

Éric Bellin: Après avoir passé une dizaine d’années dans divers milieux professionnels, j’ai pris la décision d’une reconversion professionnelle visant à me rapprocher d’un domaine qui m’a toujours passionné, à savoir la psychologie humaine, son fonctionnement, ainsi que toutes les approches qui la concernent. J’ai donc repris mes études en licence de psychologie clinique et psychopathologie à l’université Paris 8. Par la suite je me suis formé à divers outils complémentaires en essentiels: L’Analyse Transactionnelle, le Langage Non-Verbale, l’Hypnose Ericksonienne ou encore la programmation Neuro-Linguistique. En 2008, j’ai ouvert un cabinet de coaching et conseil en communication et établi mes premiers partenariats (analyste comportemental, conseiller en image, …) afin de créer et proposer une offre de services complète et adaptée aux demandes formulées. Aujourd’hui présent sur quatre pôles principaux situés à Montpellier, Paris, Troyes et Le Mans, j’interviens au sein même des entreprises se situant sur toute la France.

Face-au-conflit: Pourriez-vous nous en dire plus sur votre métier, votre structure ? Quelles formations proposez-vous ?

Éric Bellin: Mon activité principale est le coaching, qui consiste à accompagner les personnes ou groupes de personnes se trouvant face à des difficultés, des barrages, ou souhaitant développer des ressources ou compétences particulières. Le but est de proposer un travail permettant d’élaborer ses propres solutions et de les mettre en place tout en respectant ce que l’on appelle «l’écologie interne et externe». De cette façon, les procédures de résolution sont parfaitement adaptées et peuvent alors s’inscrire tout naturellement dans le temps. Les formations que je propose sont orientées «communication» et s’adressent principalement aux entreprises de toutes tailles, souhaitant développer une réelle dimension humaine à leur fonctionnement. L’objectif est de transmettre les clefs ou outils nécessaires afin de mieux communiquer et de faciliter les échanges interpersonnels. Savoir faire passer un message, connaitre les différentes composantes du langage, connaitre le principe de l’écoute active, résoudre un conflit interpersonnel par la médiation, proposer et/ou recevoir un feedback,… Autant d’éléments essentiels pour établir un environnement de travail satisfaisant et agréable pour tous.

Face-au-Conflit: En quoi consiste la préparation mentale ?

Éric Bellin: Pour comprendre la préparation mentale, il est utile de s’intéresser à nos comportements. En effet, dès notre naissance (voire déjà quelques mois avant), nous interagissons de façon permanente avec notre
environnement. Cette interaction crée en nous, à chacun de nos agissements, un ensemble de conditionnements, de réactions et de réflexes naturels qui une fois mis en place, deviennent automatiques. Leurs rôles sont multiples et il est important d’être ouvert au principe que la démarche est toujours positive à l’origine. Le but principal étant de nous permettre de conserver un certain équilibre interne (L’écologie interne).

Malheureusement, avec le temps leur exécution n’est plus adaptée et leur apport positif devient limité ou nul pour la raison simple que notre environnement extérieur est en perpétuel changement, et qu’il nous faut nous adapter en permanence. Il est alors intéressant de «revoir» ces schémas et de les retravailler, afin de les améliorer, les changer ou dans certains cas, les supprimer. C’est à ce moment que la préparation mentale intervient. Elle nous permet de nous programmer ou reprogrammer face à des situations ciblées que nous n’arrivons pas ou plus à gérer de façon satisfaisante… pour nous. Pour ce faire il existe toute une palette d’outils et de techniques (la PNL, l’Hypnose Ericksonienne… ) permettent un travail précis et d’une efficacité reconnue. La préparation mentale peut donc s’appliquer et s’applique à bon nombre de domaines puisque le point central est l’humain et son interaction avec son environnement.

Face-au-Conflit: Il y a-t-il un lien entre la gestion des conflits et la préparation mentale ?

Éric Bellin: La préparation mentale permettant un travail de fond sur nous même et par extension sur nos agissements et réactions, elle peut être un bon moyen d’anticiper les situations conflictuelles ou de générer les «bonnes» réactions en cas de conflits. Pour faire un parallèle et illustrer cette idée, on peut prendre l’exemple d’un débat télévisé entre deux personnages de la scène politique: Il est fort probable que l’un comme l’autre, par diverses tactiques, va chercher à déstabiliser son adversaire pour lui faire perdre son sang froid, qui est censé être une qualité primordiale dans ce milieu. Se préparer mentalement permet alors d’anticiper ce type de conflits (que l’on jugera «créé», dans un but précis), et d’y appliquer automatiquement les réponses adaptées au message que l’on souhaite faire passer. Ici: «Vous pouvez m’attaquer sur tout ce que vous souhaitez, je suis serein, calme et j’apporterai paisiblement les réponses que l’on attend de moi.» Ceci relevant d’une démarche et d’un travail personnel, nous pouvons logiquement tous apprendre à réagir de façon différente face à conflit.

Face-au-Conflit: Est-ce vraiment utile de chercher à se préparer mentalement pour résoudre les conflits?

Éric Bellin: Résoudre un conflit demande la mobilisation de certaines ressources qui ne sont pas forcement activées de façon réflexe, et notamment lorsque nous sommes face à un type de conflit inconnu jusqu’ici. Il pourra alors être bon de se préparer mentalement, afin de mieux vivre et donc mieux gérer la situation lorsque l’opportunité de régler la problématique se posera: Garder son calme, prendre de la hauteur, être attentif aux messages reçus, se sentir en condition d’accueil… La préparation mentale nous permet d’être et d’agir comme nous le souhaiterions, plutôt que comme nous le faisons, par un ensemble de réflexes conditionnés. Ne vous est-il jamais arrivé de vous dire: «je sais que je ne devrais pas réagir comme ça, mais c’est plus fort que moi.» Nous identifions souvent nos comportements insatisfaisants comme des défauts immuables et les justifions trop facilement par une soit disante fatalité: «Je suis comme ça, je n’y peux rien !»

Face-au-Conflit: Avez-vous une méthodologie pour résoudre un conflit?

Éric Bellin: J’ai pour habitude de partir de zéro à chacune de mes interventions, et ce, pour une raison simple: Chaque cas est différent. Je n’ai donc pas de méthodologie au sens propre. Mais certaines étapes sont essentielles et récurrentes. Leur organisation et leur mise en place varieront selon le type de conflits, le nombre de personnes impliquées et le temps disponible. Il existe néanmoins une composante essentielle et trop souvent négligée: L’écoute. C’est sans doute l’un des points principaux à respecter pour une résolution de conflit puisqu’elle permet, entre autres, d’instaurer une notion d’échange et d’éloigner l’idée que le but est avant tout d’imposer ses idées. Écouter, c’est aussi accorder du temps à l’autre, et faire la démarche de ce mettre à son niveau afin de le comprendre et/ou de comprendre son point de vue. Généralement, elle permet directement d’instaurer ou de retrouver une deuxième composante importante: Un climat calme. Vous serez moins enclin à utiliser la force pour vous exprimer et faire passer vos idées si vous sentez que la personne en face de vous est à votre écoute. En fait, plutôt que d’élaborer une méthodologie stricte et générale, je m’attache plus à respecter un certain nombre de règles permettant un travail efficace et non désagréable pour chacun. Résoudre un conflit doit avant tout être une action positive pour tous, et non un simple «devoir obligatoire».

Face-au-Conflit: Quelle est la meilleure attitude pour résoudre un conflit?

Éric Bellin: Un conflit n’est jamais là sans raison. Chercher à comprendre est à mon sens une clef essentielle pour pouvoir avancer de façon plus sereine. On ne peut pas imposer nos idées, et on ne peut pas adhérer à un concept ou une logique sans la comprendre. Il est donc nécessaire de connaitre ce qui motive notre interlocuteur et de chercher le ou les liens pertinents dans notre vision des choses. Par la suite, il sera alors possible d’établir un plan indiquant l’issu de ce conflit et les différentes voix possibles et acceptables par

les deux parties pour y accéder. Il faut tout au long de la résolution, garder à l’esprit que le but est de pouvoir avancer ensemble et que malgré des points de vue divergents, il existe certainement un but commun.

Face-au-Conflit: Que ne faut-il pas faire en cas de conflit?

Éric Bellin: Face au conflit (sic) comme dans toute autre situation, la logique humaine nous pousse à agir de façon protectrice. L’inconscient cherche avant tout à se sentir en sécurité et pour cela il développe une cohérence interne qu’il n’est pas prêt à changer sans raison valable. Nous agissons en lien permanent avec nos valeurs les plus fortes, et si l’on doit changer le moindre de nos comportements ou un avis sur un sujet précis par exemple, nous avons d’abord besoin de nous assurer que notre écologie interne sera respectée. S’il on tente de l’y forcer, il va agir en conséquence: Il nous poussera à prendre de la distance, nous désintéresser (fuir pour ne pas subir) ou affronter avec violence (imposer ses idées comme valeurs universelles pour éviter la remise en question). S’en tenir à cette première attitude est une réaction souvent rencontrée. Malheureusement, elle est extrêmement limitante puisqu’elle ne permet pas le débat, la discussion ou encore la mise à plat des idées et ressentis permettant la résolution. L’intérêt dans toutes démarches de résolution de conflit est de trouver «comment faire» pour en sortir. Tout blocage est donc à proscrire.

Face-au-Conflit: Si le lecteur devait retenir juste une chose aujourd’hui, quelle serait-elle ?

Éric Bellin: Communiquez, communiquez et si vous avez encore un peu de temps, profitez-en pour communiquer. Je le vois chaque jour un peu plus, que ce soit au sein de ma profession ou de façon plus générale: La communication est la base de tout. Réfléchissez au dernier conflit auquel vous avez été confronté. Comment aurait-il pu être évité, ou désamorcé ? Certains dirons que c’est n’est pas toujours évident, et ils auront tout à fait raison. Mais des solutions existent et un bon moyen d’y accéder… c’est d’en parler.

 

Pour contacter Éric Bellin:

http://www.ebellin.fr/

 

Merci Éric pour votre témoignage!

 

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