Itv: Doron Levy, comment réagir lors d’un Braquage?

Pour cette première interview de l’année, nous avons l’honneur et le plaisir d’accueillir les conseils et le témoignage de Doron Levy, expert en sûreté Doron Levyet plus particulièrement sur le risque de vol à main armé. Bonne lecture !

« … L’ennemi du particulier comme du professionnel est la routine et les habitudes quotidiennes, qui peuvent créer un sentiment de fausse confiance… »

Face-au-conflit: Bonjour Doron, vous êtes un expert et un auteur reconnu sur le thème du vol à main armé, quel a été votre parcours, vos formations ?

Doron Levy: En fait, les choses se sont faites avec le temps et il n’y a pas eu de plan de formation ou de carrière. Après quelques années dans l’armée et la police, je suis arrivé sur le marché du travail en intégrant une grande entreprise spécialisée (Groupe ICTS) sur les questions de sûreté aéroportuaire, et spécifiquement le « profiling » ou la détection des profils a risques pour les compagnies sensibles. Directeur de la formation et de la qualité du groupe en France, j’ai toujours continué en parallèle un parcours universitaire pour compléter mes compétences. Habilité par la DGAC pour les expertises liées aux technologies de la détection dans le cadre de la sûreté du transport aérien, et titulaire d’un diplôme de « Technicien Qualité » de l’université PARIS V, j’ai également terminé un cycle d’étude à l’institut de criminologie de Paris II ASSAS au sein du département de recherche des menaces criminelles contemporaines (DRMCC) avec la rédaction d’un rapport de recherche sur le thème des « technologies de la détection face aux nébuleuses du terrorisme aérien ».

Enfin, Titulaire du titre d’« Expert en protection des entreprises et en intelligence économique » délivré par l’Institut national des hautes études de la sécurité et de la justice (INHESJ) ; je suis aujourd’hui chargé de cours pour plusieurs facultés et organismes de formation spécialisée, et j’ai publié sous la direction de Xavier Raufer (CNRS éditions) l’ouvrage « Braquages, actualités, évolutions et ripostes » et  participé à l’ouvrage de référence : « Sureté mode d’emploi » (éditions ELLIPSES).

Ainsi, après 12 années passées au service de ce grand groupe spécialisé, j’ai alors décidé de fonder le cabinet OFEK Consulting.  Désormais en charge du développement et de l’ingénierie de conseils et formations spécialisées pour les secteurs à haut risques comme les compagnies aériennes, les gestionnaires d’aéroports, la haute joaillerie, les transporteurs de fonds, certains palaces ou encore des musées sensibles, il propose à ses adhérents professionnels, clients et fonctionnaires spécialisés de continuer a développer – expérimenter les leviers de demain , au cœur des nouveaux concepts d’anticipation et de traitement des risques pour l’entreprise.

D’un point de vue pratique, lors d’un braquage, comment devons-nous réagir?

 La problématique du vol à main armée à plusieurs facettes : juridique, sociétale, policière, répressive, judiciaire… Ce n’est pas quelque chose qu’on peut résoudre en un claquement de doigts, et, dans tous les cas, ce n’est pas un problème technique. Ce n’est pas avec des fumigènes ou de l’eau ADN qu’on règlera le problème. Il s’agit résolument d’un problème humain, l’issu des incidents dépend beaucoup des réactions  des victimes ou des témoins. La conduite à tenir est souvent logique lorsqu’on l’analyse a posteriori : Se soumettre en gestes et en parole, baisser la tête, Laisser ses mains en évidence, calmer, rassurer les autres personnes présentes, les dissuader d’intervenir, Si possible se placer de façon à mettre un obstacle matériel entre vous et eux, Expliquer aux agresseurs ce que l’on va faire si on doit faire un geste, et enfin obéir rapidement aux malfaiteurs – suivre précisément leurs consignes.

A contrario, que ne faut-il absolument pas faire?

 En fait, il est impossible de savoir ce qu’il faut faire, mais plutôt d’identifier les « interdits fondamentaux » ; comme : ne pas résister ; ne pas tutoyer les malfaiteurs, ne pas les regarder dans les yeux longuement ;  ne pas faire de geste ambigu / ne pas approcher l’agresseur par derrière, ne pas se rapprocher trop près des agresseurs, ou encore ne jamais entraver leur fuite…

On dit souvent que le plus dure lors d’une crise, c’est l’après. Quels conseils pourriez-vous donner à nos lecteurs pour qu’ils puissent se reconstruire?

 Effectivement, il ne faut pas négliger les impacts potentiels après un incident. L ’Etat de stress post traumatique est très différents du modèle classique de stress, tant sur le plan clinique que biologique. La dépression et l ’Etat de  stress post traumatique  sont les modèles neuro- Biologiques les plus étudiés. La pathologie psycho- traumatique est fréquente  et constitue un problème de santé publique. La clinique des ESPT et des troubles liés au stress est différente.

  1. Les troubles psycho-traumatiques sont stéréotypés et de diagnostic aisé : des échelles d’évaluation simple. Le traitement est spécifique et bien codifié.
  2. Les troubles liés au stress chronique sont polymorphes, de diagnostic plus difficile. Les instruments d’évaluation sont différents

 Ils peuvent  être de plusieurs natures :

  • Signes d’alarme (Burn out) immédiats : Irritabilité ; perte de confiance ; baisse motivation et rentabilité, Perte de la créativité ; Erreurs professionnelles ; Cliniques (stress dépassé…) ; Anxiété, Dépression, Maladies psychosomatiques (cœur, tension artérielles, asthme, gastro-entéro…) ; Conduites addictives (alcool, tabac…)
  • Cliniques (stress dépassé…): Anxiété ; Dépression ; Maladies psychosomatiques (cœur, tension artérielles, asthme, gastro-entéro…) ; Conduites addictives (alcool, tabac…)
  • Attention aussi au stress chronique qui peut apparaitre au-delà de 3 mois

 Pour vous rassurer, il faut quand même préciser que 70 % des victimes entrent en guérison. Il faut donc se faire prendre en charge, et être vigilant a toutes modifications de comportement.

Dans votre livre, vous proposez des leviers d’actions pour réduire le risque de vol à main armé au sein des entreprises. Quelles recommandations donneriez-vous à un particulier pour sécuriser son logement, protéger sa famille?

La clef de voute de tout dispositif dissuasif repose sur l’adéquation de 5 paramètres indissociables  :  une politique – volonté claire de se protéger ;  des moyens humains – matériels déployés de façon dimensionnée ; une veille informative sur les tendances de la menace ;  le facteur humain de façon générale (confidentialité, vigilance et réactivité en cas de doute) ; et le plus important étant de vérifier de temps en temps l’effectivité des mesures de sécurité mises en place (alarmes, caméras, clefs ….) L’ennemi du particulier comme du professionnel étant la routine et les habitudes quotidiennes, qui peuvent créer un sentiment de fausse confiance.

 En cas de survenance d’un incident, il faut également veiller à mettre à disposition des autorités toutes les images possibles (80 % des voleurs sont identifiés grâce à ces images vidéos) ; de préserver les traces et indices sur le site ; et surtout de déposer plainte…

Pour contacter Doron : http://www.ofek-consulting.com/

Pour acheter son livre :Braquages : Actualité, évolution, ripostes

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