Interview: Karine Branger, la prévention du stress et du burn-out, un atout pour résoudre les conflits?

Existe-t-il une relation entre la résolution des conflits et la prévention du Burn-out et du stress? Karine Branger répond à nos questions sur ce domaine…

 

« Savoir gérer les conflits est l’un des outils à développer dans le cadre de la prévention du burn-out »

 

Face-au-conflit: Pouvez-vous vous

présenter s’il vous plaît?

Karine Branger: Bonjour. Je m’appelle Karine Branger et suis diplômée en psychologie du travail. J’ai complété ma formation initiale par un DU en Psychologie Clinique. Je suis par ailleurs praticienne MBTI et Intervenante en Prévention des Risques Professionnels (IPRP) habilitée par la CARSAT.

Face-au-conflit: Quel est votre parcours professionnel?

Karine Branger: J’ai travaillé dans les Ressources Humaines une petite quinzaine d’années aux postes de RRH/DRH dans différents secteurs d’activité et dans des contextes internationaux. J’ai eu à accompagner, en tant que DRH, des changements importants tant sur le plan organisationnel que structurel, avec à chaque fois de forts enjeux sociaux.

Face-au-conflit: Pourriez-vous nous en dire plus sur votre structure ?

Karine Branger: New Dimension Coaching est un cabinet de conseil, de formation et de coaching spécialisé dans la prévention et l’accompagnement des risques psychosociaux et du burn-out.

J’interviens sur toute la France et mes activités s’articulent autour de 3 axes :

  • Dans le cadre du conseil, j’interviens auprès des entreprises sur des diagnostics RPS (risques psychosociaux) ainsi que sur la déclinaison et la mise en place des plans d’action associés. Je travaille aussi beaucoup à partir du Document Unique, qui est une vraie source d’amélioration des risques professionnels, notamment des RPS, quand il est bien fait et bien utilisé (ce n’est généralement pas le cas car les entreprises le considèrent plus comme une contrainte légale que comme un véritable levier d’amélioration de la performance).
  • L’objectif de la formation est d’apporter de véritables outils aux managers et aux équipes RH afin qu’ils puissent mettre en place un style de management et une organisation du travail qui concilient performance et santé psychologique au travail. Quand les équipes craquent ou que le niveau de motivation est au plus bas, le travail n’avance pas et performance et résultats de l’entreprise en pâtissent.  Les enjeux peuvent être très importants pour certaines entreprises.
  • Dans le cadre du coaching, j’accompagne des managers, des collaborateurs ou des équipes en situation difficile, que celle-ci soit liée au burn-out ou à un problème de harcèlement ou de gestion de conflit.

Face-au-conflit: Pouvez-vous nous expliquer ce que sont les Risques Psychosociaux, le stress et le burn-out ?

Karine Branger: Il n’existe pas aujourd’hui, en France, de définition réglementaire des risques psychosociaux. Toutefois, tout le monde s’accorde à regrouper sous Risques Psychosociaux :

  • le stress au travail (le stress est une réaction physiologique normale ; c’est son excès qui devient problématique). Selon l’Agence Européenne pour la Sécurité et la Santé au travail : «  le stress est ressenti lorsqu’un déséquilibre est perçu entre ce qui est exigé de la personne et les ressources dont elle dispose pour y faire face. »
  • les violences internes (conflits, brimades, humiliations, discriminations, actes violents, harcèlement moral, harcèlement sexuel, etc.)
  • les violences externes (incivilités, insultes et violence verbale, menaces, pressions diverses, violence physique, insécurité liée aux métiers (cambriolage, attaque à main armée, etc.))
  • le burn-out ou épuisement professionnel (syndrome qui peut conduire, dans les cas les plus extrêmes, au suicide)
  • les formes de mal-être, de souffrance, de malaises ressentis par les salariés

Face-au-conflit: Pourquoi faut-il prévenir le burn-out/ le stress? Comment doit-on procéder ?

Karine Branger: Il faut tout d’abord réduire le stress et les RPS pour des raisons de santé personnelle et individuelle mais aussi pour des raisons de de santé  publique. Le jobstrain (stress + RPS + burn-out) aurait un coût compris entre 1.9 et 3 milliards d’euros, selon l’une des rares études faites par l’INRS à ce sujet. Cette estimation inclut les coûts liés aux soins de santé, à l’absentéisme, à la cessation d’activité et aux décès prématurés.

Il faut prévenir le burn-out pour un meilleur bien-être, tant personnel que professionnel. De nombreuses études ont démontré la corrélation entre le niveau de motivation et le niveau d’atteinte de résultats et de performance au travail. Les axes pour agir englobent aussi bien l’optimisation des facteurs organisationnels des entreprises que le développement des capacités d’adaptation individuelles.

Face-au-conflit: Que faut-il faire pour y mettre fin?

Karine Branger: Je ne crois pas qu’il soit possible de mettre fin au stress de façon générale. Le stress fait partie de notre quotidien qu’il soit bien ou mal vécu. Cela pourrait-être une jolie utopie… mais c’est somme toute peu réaliste. En revanche, il est possible de le réduire et de le prévenir en agissant sur les organisations de travail. Il faut aussi développer, chez chacun, des capacités d’adaptation qui lui permettront de rebondir et de faire face aux situations rencontrées. C’est comme cela que nous devenons plus forts et plus performants.  Il faut tout d’abord prendre conscience que les entreprises, les organisations et les systèmes sont en eux-mêmes pourvoyeurs de stress. Il n’y a pas de jugement de valeur en cela. C’est un fait. C’est à partir de cette prise de conscience que des moyens de prévention peuvent être mis en place et des plans d’action déclinés. Il n’y a malheureusement pas de recette miracle : chaque solution doit être adaptée à l’organisation et aux hommes et femmes qui la composent. C’est un processus qui doit être constamment repensé et remis à l’épreuve ; ce qui fonctionnait il y a 15 ans ne fonctionne certainement plus aujourd’hui. Les cultures changent, les outils informatiques et de communication ne sont plus les mêmes, l’organisation du travail est en pleine évolution.

Face-au-conflit: Pourquoi est-ce néfaste pour l’Homme d’être dans cette situation ? Comment peut-il éviter de l’être ?

Karine Branger: Il n’est profitable à personne de se retrouver en situation de burn-out ou de subir un stress chronique. Ce n’est bon ni pour la santé mentale, ni pour la santé physique : les maladies cardiovasculaires sont l’une des conséquences possibles. Mais il existe aussi des risques de dépression et de suicide. L’accroissement du nombre de suicides au travail est malheureusement l’expression d’un malaise grandissant qui ne trouve pas de solution.

Face-au-conflit: Il y a-t-il un lien entre la gestion des conflits et le burn-out?

Karine Branger: Savoir gérer les conflits est l’un des outils à développer dans le cadre de la prévention du burn-out. La gestion de conflits en tant qu’outil maîtrisé permet de ne pas les subir, de ne pas les vivre à titre personnel, donc de mieux s’y adapter pour les solutionner. Le principe de base est de considérer que les conflits ne sont ni bons ni mauvais, qu’ils existent parce que nous interagissons avec d’autres personnes, soit dans notre vie personnelle, soit dans notre vie professionnelle.

Face-au-conflit: Quelle est la meilleure attitude pour résoudre un conflit lorsque nous sommes en situation de burn-out?

Karine Branger: Les conséquences du burn-out sont, entre autres, un faible niveau d’estime de soi et un manque de ressources et d’énergie interne. Ressources indispensables pour gérer sereinement une situation conflictuelle. Il est donc extrêmement difficile pour les personnes qui font un burn-out de gérer un conflit. La meilleure attitude est donc de prendre conscience de cette difficulté et de ne pas chercher la bataille à tout prix. Ce qui ne veut pas dire se laisser faire et baisser les bras, mais adopter peut-être une autre approche que celle que l’on adopterait si on allait bien.  Pour les personnes que j’accompagne, gérer les conflits, c’est avant toute chose identifier ce qui peut être source de conflit pour elles-mêmes. Les conflits liés aux différences de valeurs sont souvent présents pour les personnes qui font un burn-out.

Face-au-conflit: Le stress a-t-il une forte influence pour résoudre un conflit ?

Karine Branger: Le stress est mauvais conseiller lorsqu’il s’agit de conflit. Il en est très souvent le premier pourvoyeur, d’ailleurs. Au travail comme à la maison. Stressé par une journée de travail éprouvante, on réagit moins bien avec les enfants et avec son conjoint : le conflit, qui s’est déplacé à la maison, éclate là. En situation conflictuelle, il faut autant que faire se peut garder la tête froide et ses capacités de raisonnement intactes : le stress réduit le champ des possibles. En situation de stress, on ne voit plus toutes les options qui peuvent s’offrir à nous. Savoir gérer les conflits permet d’identifier ce qui se joue pour soi dans le conflit et de prendre le recul nécessaire pour adopter la bonne attitude afin de le résoudre.

Face-au-conflit: Si le lecteur devait retenir juste une chose aujourd’hui, quelle serait-elle ?

Karine Branger: Que le stress existe, que c’est une donnée du problème à prendre en compte dans son environnement, tant professionnel que personnel. Qu’il faut le prévenir et tendre à sa réduction. En cela, chacun à son niveau peut être acteur, en repensant les organisations et les process de travail. La prévention passe aussi par la formation : apprendre à reconnaître les signaux/symptômes chez soi et chez l’autre peut faire la différence. La maîtrise de certains outils, comme la gestion de conflit, peut aussi participer d’une meilleure ambiance de travail. La prévention et le développement de nos capacités d’adaptation sont les clefs.

 

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Le blog de la prévention du burn-out New Dimension Coaching

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09.72.31.26.75

 

Merci Karine pour votre témoignage!

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