Interview: Didier Jaffiol co-fondateur d'une méthode en gestion des conflits

Bonsoir à toutes et à tous,

Je tenais à vous souhaiter une bonne et heureuse année 2013 avec le moins de conflits possible!

Pour le premier article de cette année, je vous propose l’interview de Didier Jaffiol co-fondateur de la méthode GEstion de la VIolence en SItuation (G.E.S.I.V.I), Humilité, sympathie et conseils précieux sont au rendez-vous! Bonne lecture…

« …Comprendre ce que l’on fait en sachant pourquoi, est une clé de réussite… »

Face-au-Conflit : Bonjour Didier pourriez-vous vous présenter s’il vous plaît?

Didier Jaffiol: Je suis formateur en gestion des conflits depuis 2001. Je ne suis pas sportif. Mais j’ai toujours pratiqué les sports de combat (judo, karaté, puis Boxe française). Je suis « feignant » et n’aime pas la performance (lol). Les sports de confrontation ont le mérite de vous obliger à travailler ; sinon la sanction est lourde sur un ring !

Au niveau professionnel.

Je suis sapeur pompier volontaire depuis 27 ans

Je suis responsable d’unité au Ministère de la Justice (PJJ). C’est un service qui prend en charge des mineurs délinquants. Une partie de ma carrière, je l’ai exercée à Marseille dans un service generic cialis très spécialisé. Toutes les nuits nous tournions dans le centre avec pour mission le repérage et la prise de contact avec les mineurs en errance, en situation de délinquance ou de prostitution. Cette équipe avait l’originalité de regrouper des policiers, des éducateurs de prévention et de la Protection Judiciaire de la Jeunesse. J’ai toujours priorisé le terrain à la théorie des bureaux. Que ce soit en tant que sapeur pompier (où j’ai traité de nombreuses situations de crise : cas sociaux agressifs, démence, violences urbaines…) ou que chef de service (violence de rue, agression, intervention sur des rixes, homicides, violences de proxénètes sur les victimes, confrontation à des gangs organisés des pays des Balkans ou au banditisme local…), j’ai une expérience assez forte sur ces sujets. 2 personnes m’ont appris à connaître et comprendre les codes de cette ville particulière. La première a travaillé avec le chinois, un flic célèbre de Marseille. La deuxième, connaissait vraiment très bien le banditisme de l’ancienne époque. Je n’en dirais pas plus. Notre travail consistait à observer les phénomènes pour mettre en place des solutions éducatives.

Mais quand la poudre parle…En 2000, au cours d’une nuit de maraude, un déséquilibré crible notre véhicule de service de deux coups de fusil. A moins de 5 mètres de nous, mes 3 collègues et moi (je conduisais) ont vu la mort de très près. Comme Matrix, je peux assurer avoir vu les plombs sortir du canon ! Nous avons été blessé tant physiquement que psychologiquement. Ma pratique a été grandement remise en question à partir de cet événement.

Face-au-Conflit : Quel a été votre parcours, vos Formations ?

A partir de cet accident, j’ai compris que mes monitorats et instructorats de Boxes n’étaient pas suffisants. Je me suis repris en main par la « théorie de l’exposition ». Avec l’aval de mon Administration j’ai pu suivre des formations en Gestion Opérationnelle des Conflits (auprès de celui qui est devenu un de mes grands complices : Charly POLO). J’ai été admis à la Commission Nationale de Savate Défense avec 2 autres partenaires de qualité (Mrs AIT et PIEYRE, des enseignants de qualités en sport de combat et qui ont pris conscience de la différence entre le ring et la rue).

Enfin, le « Patron » du Service de nuit de Marseille (un vrai patron, un vrai Chef), Alain LERUSSI prenant sa retraite, il nous incite à créer une association « TRANSFAQ » dont le but est la recherche et la transmission de moyens de faire face aux confrontations violentes en milieu professionnel.

La méthode « GESIVI, Gestion des Situations de Violence » est née de la recherche de 4 copains : Le Lieutenant Colonel JOSEPH et le Capitaine BOULET sapeurs pompiers professionnels dans le Gard, Christian AIT Responsable de la Commission de Savate Self Défense, et moi même. Cette méthode allie l’expérience, la théorie et une pratique expérimentée sur le terrain.

Alain LERUSSI, un vrai visionnaire, nous a quitté trop tôt en 2009. Le nouveau Président, Jacques LAGIER est issu du terrain (éducation envers les mineurs en situation de délinquance). Notre Président d’Honneur, Michel BOURGAT élu à Marseille et qui est le papa du jeune Nicolas 15 ans, décédé à Marseille d’un coup de poignard porté par un jeune du même âge. Lui aussi sait ce qu’est la violence. Il a participé à de nombreuses études depuis pour que ce type de drame ne se reproduise plus.

Face-au-Conflit : Aujourd’hui, dans quel secteur d’activité exercez-vous ?

Nous exerçons dans les secteurs que nous connaissons parfaitement. Il faut savoir de quoi on parle et avoir touché de très prêt la réalité du terrain. Nous intervenons :

En matière de formation en gestion des conflits chez les sapeurs pompiers ;

En matière de formation en gestion des conflits dans le secteur du social et du soin à la personne

En matière de formation en gestion des conflits dans le secteur de l’éducation

Nos formations semblent appréciées et des demandes importantes viennent de groupes de femmes, de personnes âgées et aussi handicapées qui voudraient avoir quelques outils.

Depuis 2001, près de 1500 personnes ont été formées. L’argent n’est pas notre but principal. La recherche est permanente et nos outils de formations évoluent. Nous pouvons très bien intervenir auprès d’une association de femmes victimes motivées qui de très faibles moyens financiers mais une grande motivation.

Face-au-Conflit : A travers vos formations, comment abordez-vous la résolution des conflits et des agressions ?

Tout d’abord, humilité et bonne humeur. Pas de parano ou de discours sécuritaire. Pas de gros bras non plus. Nos formations s’adressent surtout à ceux qui ont le moins de moyen ou de capacité. C’est la « gestion des conflits pour les nuls ! lol. Nous respectons nos élèves. Le discours se veut simple. Et illustré de nombreuses expériences vécues.

Il y a alternance entre :

Le vécu du terrain et les besoins

Des mises en situations

Des drills de base (qui sont le fruit de centaines de techniques explorées et analysées issues de toutes les techniques de combat anciennes ou modernes et dont on a gardé le strict minimum).

Des explications en référence avec des concepts essentiels à connaître (psychologie, comportement, neurocomportement…)

Face-au-Conflit : Avez-vous une méthode pour résoudre un conflit ?

Plusieurs et différentes. L’objectif est de garder le discernement. La résolution sera différence que l’on soit dans :

la phase « pré agression » : comment anticiper et prévenir pour désamorcer. Techniques de négociation et de dédramatisation

Pendant l’agression : 5 drills de base pour se dégager de la situation.

L’après : comment débriefer et dépasser l’événement.

Notre méthode est articulée autour de l’acronyme : P.A.R.E.R. (à vous de trouver ce que cela veut dire !).

Nous abordons aussi le traitement de l’incident au niveau individuel ; au niveau de l’équipe (intervention à plusieurs) et au niveau de l’Institution qui a un rôle de plus en plus important. Et qui est légiféré par les lois sur les risques psycho sociaux.

Face-au-Conflit : a contrario, lors d’une crise que ne faut-il absolument pas faire ?

Se sentir le plus fort.

Face-au-Conflit : Pourquoi est-ce important de se former à la gestion des situations de crise ?

Institutionnel : Certaines structures où nous intervenons constatent que les arrêts des agents pour accident suite agression peuvent diminuer de 50% après une formation réfléchie et impliquant tous les niveaux décisionnels de l’Institution.

Sociétal : Parce que la frustration est impossible à vivre pour certains. Le rapport de force utilisé en priorité par des personnes persuadées de leurs droits et qui ont oublié leurs devoirs. On critique souvent les jeunes. C’est nous qui avons contribué à cette situation. Nous avons la jeunesse que nous avons mérité ! Nos erreurs en matière d’éducation sont à méditer pour l’avenir.

Face-au-Conflit : Quelles formations conseilleriez-vous à nos lecteurs ?

Je suis de plus en plus enclin à penser que faire une activité de self défense n’est pas la solution idéale. Vaut mieux faire du sport pour se « laver la tête ». Le mental est essentiel. Si les agressions sont rares ; le sentiment d’insécurité augmente quant à lui. Faire des stages de prévention pour connaître quelques outils simples. Aller dans une structure sérieuse, qui vous aide à « trouver votre voie » et avoir des outils de compréhension. Comprendre ce que l’on fait en sachant pourquoi, est une clé de réussite.

La formation pour le grand public doit être différente de la formation professionnelle.

Face-au-Conflit : Si le lecteur ne devait retenir qu’une seule chose, qu’elle serait-elle ?

Respecter toujours un adversaire. Le considérer et lui donner toujours une possibilité de se ressaisir. Et ne pas oublier que le pire ennemi est en nous. Ne jamais occulter les émotions en jeu.

Pour 2013, nous allons éditer un livre sur la gestion de la violence dans le milieu du social, de l’éducation et du soin à la personne. Vous pouvez enfin nous retrouver sur notre site : www.transfaq.fr

Merci Didier pour votre témoignage!

Pour joindre Didier

www.transfaq.fr

6 commentaires
  1. Merci d’avoir donner la parole à DIDIER avec qui j’ai le privilège d’intervenir avec l’association TRANSFAQ.

    Sportivement

    • Bonjour Pieyre,
      Ce fut avec un très grand plaisir. Je suis certain qu’il s’agit d’une personne de confiance!

      A très vite…

  2. Juste pour te dire qu’il y a une petite coquille dans l’adresse du lien sur lequel pointe l’url (www.transfaq.fr)

    Bonne soirée

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