Tout ce que vous devriez savoir sur la Boxe de rue & la négociation de crise

576949_10151135536559928_2049913625_n  Pour cette nouvelle rencontre, nous avons l’honneur et le plaisir d’accueillir les conseils et le témoignage de Robert Paturel. Expert en self-défense & créateur de la boxe de rue. Il a servi pendant 20 ans comme intervenant, instructeur opérationnel puis négociateur au sein du RAID (Recherche, Assistance, Intervention, Dissuasion ; Police National).

« Savoir trouver les bons mots pour éviter les pires maux ».

Face-au-conflit: Bonjour Robert, pourriez-vous vous présenter s’il vous plaît?

Robert Paturel: Je suis né le 2 aout 1952 à Rueil-Malmaison. Je suis Marié et j’ai eu 6 enfants (tous adultes à présent). Je suis retraité de la Police Nationale depuis 2007.

Quel a été votre parcours, vos formations ?

Je débute la boxe Française à 16 ans et effectue mon premier combat après seulement 3 mois de salle. Je dispute plus de cent rencontres (88 victoires, 11 défaites, 4 nuls). J’ai été 6 fois champion de France et champion d’Europe (1984). Je suis également diplômé d’état deuxième degrés. Après une expérience comme portier de discothèque à 20 ans, j’incorpore la Police Nationale en 1976, ce qui me permet de m’entraîner de façon plus régulière.

En 1988, j’intègre le RAID où l’on me confie la formation. Je ne souhaitais pas être cantonné à ce rôle, car j’estime que mon enseignement est plus crédible en appliquant moi-même ce que j’enseigne. Je demande donc à être incorporé, au même titre que mes compagnons, au sein de l’effectif de l’alerte afin de pouvoir intervenir. J’officie pendant 20 ans dans ce service et j’obtiens même en fin de carrière, un diplôme de Négociateur de situation de crise de la Police Nationale.

De par ma profession, il a bien fallu que je me familiarise avec l’usage des armes et surtout avec les moyens d’y faire face. C’est ainsi que lors b0137d’un périple aux USA où je suis parti enseigner la boxe Française à l’académie de Dan Inosanto, j’ai découvert le Tonfa. Je suis reçu par Bob Jarvis à l’académie de Police de Los-Angeles qui est l’expert en Tonfa Police. Je rentre des Etats-Unis avec sous le bras, deux Tonfas et le livret technique de Jarvis. Afin d’être plus proche de la législation Française, je décide de concevoir une nouvelle méthode de Tonfa sécurité. Je n’hésite pas à mélanger les styles, je mets en forme une méthode pragmatique qui est enseignée aujourd’hui dans toutes les forces de Police et de Gendarmerie.

D’un point de vue plus personnel, je n’ai jamais pu me résoudre à enseigner seulement ce que j’avais appris. Mon naturel curieux m’a toujours poussé à comprendre pourquoi certaines techniques étaient préférables à d’autres. Partant du principe qu’il n’y a pas de mauvaise discipline et que tout est bon à étudier, je me suis non seulement intéressé aux méthodes, mais aussi à ceux qui les enseignaient. J’ai par conséquent étudié (ou survolé) à peu près toutes les disciplines… N’hésitant pas à me replacer au rang d’élève pour continuer à apprendre. J’aime à citer le proverbe japonais qui dit que « celui qui pense être son propre maître est sûrement l’élève d’un imbécile »

« Les techniques de combat sont évolutives et ne peuvent être «bouclées» comme un quelconque chapitre. Les choses bougent sans cesse, les confrontations inter disciplines ouvrent les yeux de beaucoup et remettent « les pendules à l’heure pour certains. »

A partir de 2002 je rejoins mon ami Eric Quequet à l’ADAC (l’académie des arts de combat) dont il est le fondateur, où nous développons le concept de « Boxe de rue ». La « Boxe de rue » n’est pas seulement une discipline sportive, elle vise également à ce que le pratiquant soit sensibilisé à l’aspect comportemental. Le but est qu’il se connaisse mieux et qu’il analyse ses propres réactions pour mieux gérer son stress et de garder une certaine maîtrise. Puis nous abordons l’étude de l’autre, son comportement et les signes extérieurs significatifs d’un probable passage à l’acte. Nous faisons également régulièrement des rappels à la loi afin que les techniques de défense ne sortent pas du cadre légal.

Votre expérience dans les unités spécialisées a-t-elle modifiée votre approche de la résolution des conflits ?

L’expérience qui a été la plus enrichissante pour moi a été de travailler comme portier dans une discothèque dans un quartier sensible de Paris pendant 3 ans avant même d’entrer dans la Police. En effet, je prends vite conscience des contraintes du combat de rue et de l’utilité d’une négociation bien menée sans pour autant perdre la face ou capituler. Ma formation en négociation au RAID n’a, ensuite, fait qu’étayer les connaissances acquises.

Quelles sont les différentes étapes à respecter pour réussir une négociation?

Enb0011 situation de crise, les seules choses sur lesquelles nous avons un pouvoir de contrôle relatif, ce sont nos émotions et notre comportement, il faut donc essayer de ne pas dysfonctionner et s’adapter au mieux à la situation.

L’écoute active sera déjà un bon moyen de lui « faire vider son sac ». Laisser l’autre s’exprimer peut-être déjà un bon exutoire et pourra vous éviter d’en venir aux mains. Une écoute sincère avec les yeux, les oreilles, le cœur, une écoute empathique, sera un bon début de désamorçage (même s’il est illogique et ne semble pas jouir de toutes ses facultés mentales). On évite, de lui couper la parole, de le contredire, de lui faire répéter, de faire des traits d’humour, d’avoir un air désinvolte, pressé, fatigué etc. Enfin, quand il est à court d’arguments c’est le moment d’utiliser la reformulation (ou feed-back). La reformulation permet de renvoyer à l’autre ce qu’il vient de dire, éventuellement en changeant les termes pour lui assurer que vous avez bien compris et qu’il est enfin compris par quelqu’un.

Face à un individu « difficile », concrètement que faut-il faire ?

Tous les cas sont différents mais une approche « souple » sera toujours appropriée, le maître mot restant une « adaptation »permanente de la situation.

Ensuite, Une observation accrue de l’environnement et une meilleure attention au monde qui nous entoure, permettent de rester attentif à ce qui se passe : la grande majorité des victimes de violences interrogées admettent qu’elles ont senti un malaise avant l’incident. Les techniques de détection des dangers sont relativement simples. Il est assez facile de savoir quand on se trouve dans une phase de risque potentiel ou dans une phase de sécurité. Il suffit de faire appel à son bon sens. Essayer d’être à l’écoute de ce corps qui nous envoie des signaux d’alerte. (Accélération cardiaque, bouche sèche, tremblement des jambes, difficulté à la réflexion). La voix doit rester calme, posée, mesurée avec les mains ouvertes en position d’apaisement. Ne vous laissez pas emporter, ventilez vos émotions… Lorsque vous sentez que le passage à l’acte est possible voire imminent, imposez-vous une certaine discipline ne vous laissez pas dominer par vos émotions : une analyse correcte de la situation s’impose.

Si les sports de combat informent sur la gestuelle à appliquer, ils ne sont pas pour autant la seule méthode à prendre en compte. La défense de rue est une technique au deux tiers psychologique. Les différentes phases observées lors d’une agression doivent être déchiffrées. La détection des dangers potentiels, sera sensiblement la même pour tous. La gestion de l’altercation va différer selon vos antécédents, votre compétence en combat et votre capacité à fonctionner malgré un stress intense. Les techniques de défense vont également différer selon la charge émotionnelle et les moyens dont vous disposerez pour y faire face. Il est donc clair que le combat ne représente qu’une partie de la défense personnelle, même s’il s’agit d’une partie essentielle.

Sachez simplement qu’il n’est pas lâche de fuir, quand les forces en présence sont disproportionnées et que vous n’engagez que vous et votre fierté. C’est plus une question de survie que d’honneur, l’erreur étant de croire le contraire.

Pour réagir efficacement, il faut également avoir pensé à ce qui peut se passer, réfléchir à la stratégie possible dans plusieurs scénarii d’agression ou même en discuter avec des victimes. Une réaction de défense sera d’autant plus fiable si elle a déjà été envisagée, voire travaillée lors de mises en situation. Quand la surprise est totale, il est trop tard pour réfléchir.

A contrario, que ne faut-il pas faire ?

La première erreur serait de ne pas croire en soi. Si je ne crois pas en ma capacité à survivre à une situation de conflit physique, j’aurais des difficultés à gérer une agression verbale. Le stress qui va me submerger au moment de la discussion avec mon agresseur va m’empêcher de penser et de me comporter correctement. Si je sais que j’ai les moyens de m’en sortir, la connaissance de mes qualités physiques et l’expérience de l’entraînement vont me permettre de mieux gérer l’agression.

Ensuite, évitez :

  • D’être directif
  • De vous imposer par la voix
  • De faire des promesses que vous ne pourrez pas tenir
  • De tutoyer
  • De juger
  • De couper la parole
  • De faire de l’humour
  • D’être irrespectueux
  • De trop parler et de ne pas respecter les « moments » de silence.

Pour conclure, quels conseils donneriez-vous à nos lecteurs ?

On parle de sciences humaines, donc de la vie avec tout ce que cela comporte de problèmes, de pathologies, il faut essayer de traiter une situation conflictuelle comme si elle était nouvelle à chaque fois, même si l’expérience passée peut aider quelques fois, il vaut mieux rester humble et chercher la meilleure façon de se sortir de la crise (pour les deux parties).

Encore une fois pour être bien dans une négociation il faut être prêt… Et la préparation se fait « avant ». Même s’il faudra « s’adapter » en permanence, il est important d’être prêt pour un éventuel affrontement, physiquement, techniquement et mentalement.

Merci Robert!

Pour contacter Robert Paturel: adacfrance.com

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